Si j’étais ta maman…

Petit billet sans humour et très sérieux.
Il est rare que j’évoque mon métier dans mes billets…J’essaie de faire une cission entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle même si parfois, l’aspect humain prend forcément le dessus…
Je suis professeur des écoles. Une professeur qui cette année enseigne dans un établissement un peu spécifique dans le domaine de l’éducation nationale. Mes élèves sont aussi intelligents et ont des compétences cognitives égales à n’importe quel élève lambda. Mais à l’ITEP(institut thérapeuthique éducatif et pédagogique), nous travaillons avec des enfants envahis par leur histoire personnelle, par leurs pulsions et leurs frustrations…Des élèves qui n’ont pas toujours eu un regard bienveillant sur eux et qui aujourd’hui, en sont là, noyés dans leurs angoisses et leurs tristesses qui les empêchent d’avancer ,les rendent malheureux mais surtout, sur le qui-vive et violents.
Enseigner a de tels élèves est un défi de tous les instants, on doit prendre sur soi, éviter les mots de trop et les accès de colère…Bien difficile quand la violence, l’irrespect feint et les grossieretés sont au coeur des séances… En tant que pédagogue(mais ici, avec un fort rôle éducateur), tu ronges ton frein et tu réfléchis à la manière pour… Contourner? Être frontal? Être doux, rude, autoritaire? Pas de recette magique mais surtout rien de pérenne… Se divsifier et être doué d’imagination est le maitre mot pour les faire travailler et se faire respecter…
Dans l’ensemble, bien qu’épuisée par mes journées, et surtout sans formation appropriée, je pense m’en sortir plutôt bien. Mon cerveau, la bas, est en constante ébullition…rebondir, imaginer, créer, anticiper, parlementer, écouter, analyser…Je sortirai grandie d’une expérience si riche et si intense…
Mon avis sur la chose est qu’enseigner dans un tel endroit n’est pas trop compatible avec le fait d’être une jeune maman… Je veux dire, mère de deux petits, petits qui le soir , le week end, monopolisent constamment l’attention et l’énergie. Car le peu d’énergie et de patience qui reste après ces longues journée s’étiole quelque peu(beaucoup) et je constate avec tristesse que je ne tolère plus rien de mes propres petits…
Et pourtant, quel plaisir et quelle joie je ressens quand je constate qu’une compétence est enfin en cours d’acquisition, que le message passe, que le lien se crée…mes élèves,qui ne sont d’ailleurs les miens qu’à mi-temps, suppléant une maitresse. C’est souvent avec une once de plaisir et de satisfaction, que je constate qu’ils trainent dans la classe après l’heure ou reviennent pour une raison « bidon »… Le lien est établi…et ca fait plaisir.

si j’étais ta maman…

Tout ce petit laius plus haut pour en venir à cette histoire…
Dans ma classe, j’ai un élève en manque intense de maman. Sa maman est bel est bien vivante, si tu te poses la question. Ce manque de maternite est tellement omniprésent pour cet enfant qu’il est incapable de rentrer autant que faire ce peu dans un statut d’élève. Tous les prétextes sont bons pour provoquer la confrontation aux autres et à l’adulte référent.Il invente des manoeuvs d’évitement de la classe en provoquant le clash de manière quasi sytématique. La collectivité et le rapport aux autres semble être une véritable épreuve et souffrance…Du coup, c’est non sans dépit que je suis obligee de l’écarter à chaque fois…
Pourtant, quand nous le prenons à part, tout seul, c’est un enfant qui semble très sensible(trop?) , surtout très intelligent et capable d’apprentissages…Seulement voilà , seul…c’est infaisable.
Sur une semaine, il a été capable de se tempérer et de maitriser ses pulsions…une demi journée…il était si fier… « tu as vu maitresse, c’était bien ce matin, j’ai bien travaillé »…pour retourner dans ses travers l’après-midi même et encore plus le lendemain.

Nous discutons beaucoup avec lui…Nous lui accordons du temps, une marge de manoeuvre…
Mais tout revient au même sujet…maman…

Je n’étalerai pas les phrases dites par l’enfant à ce sujet…c’est trop douloureux de se dire qu’à même pas 10 ans, on puisse penser et imaginer de telles choses…mais surtout vivre de tels manques…
Maman, dans ses propos, c’est le maitre mot, sa douleur…

Hier,dans un accès de colère, des mots ont presque franchi la barriere de mes lèvres…que j’aurais regretés aussitôt prononcés…

« je sais que tu es triste, je sais que tu n’arrives pas à joindre ta maman, je sais Qu’elle ne répond pas à tes appels(c’était le problème du jour), mais arrête d’être en colère contrer NOUS, c’est TA maman qui a décidé De te faire travailler ici, en internat, nous n’avons rien décidé et nous sommes là pour t’aider.si.. » j’ai achevé ma phrase sur ces mots, ravalant le fatal « si j’étais ta maman que j’avais failli prononcer….

Oui, si j’étais ta maman…
Ces enfants qui nous rammenent inéluctablement à nos propres peurs de parents…tous les enjeux d’éducations… Çes enfants en déficience parentale(très souvent, pas toujours, hein), si grande… Ces enfants dont l’echo des angoisses et des tristesses se répercute forcément sur l’image qu’on a de nous, en tant que parents…

Oui, si j’étais sa maman, en serait-il là aujourd’hui? Je l’ignore…
Comment peut-on arriver d’avoir un rejet physique pour son propre petit, l’envoyant à quelques centaines de km de soi?si jeune?

Etre dans cet institut m’apporte tant, m’épuise physiquement mais m’enrichit tellement… Et surtout, me recentre sur les essentiels…aimer mes enfants, leur consacrer le temps qu’ils méritent…

Je ne veux pas qu’un jour quelqu’un dise à l’un de mes enfants, si j’étais ta maman…
Je ne veux pas faillir au point de devoir passer le relai…

Je n’entends pas vouloir atteindre la perfection dans ma maternité…mes enfants ont leurs travers et j’ai mes faiblesses… Mais je les aime et je ferai toujours en sorte de les mener vers le meilleur d’eux-même…

Aime ton enfant, mène le vers le meilleur de lui méme et ne lui lâche pas la main. Rien n’est plus douloureux pour un adulte que d’entendre la détresse et la tristesse d’un enfant.

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5 réflexions sur “Si j’étais ta maman…

  1. Audrey Dom dit :

    Bouh c’est trop triste. Mais encore une fois heureusement qu’ils sont avec une maitresse comme toi 🙂 Des bisous et plein de courage

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