Le droit d’être peinée

Depuis trois semaines, une peine qui tourne en boucle, incessante, lancinante, qui m’oppresse, une boule au ventre toujours présente même quand mon esprit est occupé.

Je n’ai jamais perdu qui que ce soit de proche dans mon cercle familial. J’en ai toujours été « spectatrice » mais jamais à le vivre de cette manière. Je mesure ma chance d’en avoir été préservée.

On a décelé une maladie incurable à ma toute jeune grand-mère de 69 ans… Cette maladie, ce fléau qui touche tant de gens, jeunes et moins jeunes.

Je pleure par intermittence, passant du rire grâce à mes enfants, aux larmes, à l’énervement, au chagrin incohérent dont seul mon conjoint est témoin…

Il n’y aura pas d’issue positive, on le sait tous. Et ça fait si mal.Et ça va si vite…

Si j’avais su, je suis furieuse, mais furieuse contre moi-même de ne pas avoir assez profité cette année passée. Je suis furieuse d’habiter si loin des miens, si loin ne ne pouvoir apporter à défaut de soutien, puisque je n’en mène pas large, une présence réconfortante.

Certains penseront que ce n’est qu’une grand-mère, que oui, je peux être triste, mas bon faut arrêter de saouler…Qui, quoi…? Que c’est de l’ordre des choses, le cours de la vie…

Mais avant d’être une grand-mère, n’est-elle pas la mère de ma mère, et la femme de mon grand-père? Je pleure pour moi mais je pleure pour eux bien tout autant. Perdre une femme qu’on a aimé tant d’années, tant que je ne saurais les compter. Perdre une maman aussi… J’ai mal pour eux, je ne sais même pas quoi leur dire. Je n’arrive pas à trouver le courage de composer les chiffres qui me permettraient de parler à mon grand-père…J’ai tellement peur de son chagrin, de pas savoir faire face, de pas savoir quoi dire. De m’effondrer et d’accentuer les choses. Je ne sais pas faire ça… Il est si perdu…Je ne sais pas gérer la tristesse et le chagrin d’un homme…Je ne supporte pas entendre les hommes de ma vie fondre en larmes, je n’y arrive pas…

Et de quel droit ne peut-on pas être chagriné, extrêmement chagriné de la perte d’un grand-parent? Sous prétexte de l’âge? Parce que c’est « normal »? 69 ans, ce n’est pas si « normal »…

Et ce lien si fort qu’on a, que la distance n’a pas abimé, qu’il a juste un peu caché.

Je sais ce que je représente pour elle, et j’espère qu’inversement elle le sait aussi.

J’aimerais tellement m’allonger à côté d’elle, poser ma tête sur son épaule, lui parler, doucement, lui dire que je l’aime, que je l’aime, que je l’aime, à l’infini…Et je suis là, à des centaines de kilomètres, à tourner en rond, à attendre quoi, je n’en sais rien…Je lui envoie tous les jours des messages remplis d’amour, espérant secrètement qu’elle trouvera la force de les lire. Je fais passer des messages…Elle sait tout ça…

Je suis allée la voir il y a deux semaines. Elle était si belle, on pouvait presqu’ignorer sa maladie si on passait outre l’environnement hospitalier. Je suis allée la voir deux fois. Je l’ai serrée dans mes bras quand je suis partie, ignorant si j’allais la revoir… J’ai pleuré, elle m’a dit qu’elle allait se battre pour nous…

Ca va si vite. J’ai peur de l’issue, même si petit à petit, ce trop court petit à petit, on se prépare. J’ai peur du chagrin de ma maman, de mon grand-père et de sa future solitude. J’aimerais tellement qu’on me dise que c’est une erreur … Qu’on s’est trompé que ce n’est rien…

Mon chagrin peut paraitre démesuré, il est pourtant entier.

Je me remémore tout, nos moments, les semaines passées chez elle quand elle nous prenait en vacances, à se faire chouchouter, les plateaux télé, les ateliers perles, les trésors qu’elle nous montrait, les bidules qu’elle achetait, les peluches qu’elle adorait, tout ce qu’elle aimait collectionner…Le voyage à Breskens avec Sandra pour voir notre Oma, les pays-bas, les gâteaux hollandais qu’elle nous ramenait, rose fluo, bourrés de gras et de sucre qu’on adorait…Sa trousse à maquillage qu’elle sortait parfois et qu’elle nous autorisait à utiliser pour faire les folles…Les petits chaussons chez elle, les pyjamas qu’elle nous prêtait…Les bonbons, les gateaux, les petites bouteilles d’orangina…Toutes ces choses qu’on fait avec une mamie, rien qu’avec une mamie, les choses auxquelles on a le droit que là-bas, chez une mamie…

Je n’arrive toujours pas à concevoir un monde sans elle. Tant de choses vécues…

Mamie, tu ne liras probablement jamais ces mots. Je n’ai pas le regret de ne te les avoir dit que trop peu, je n’étais pas avare de cela avec toi. Je voudrais seulement remonter le temps et profiter d’une dernière année…T’inonder de photos et de petites attentions… Etre une petite-fille assez présente.

A présent tout me rappelle à toi, des mots, des images et même des chansons…Ma dernière mamie…

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15 réflexions sur “Le droit d’être peinée

  1. Mamie Clo dit :

    Bien sur que c’est compréhensible cette grande et profonde douleur. Une Mamie, une grand mère , un papi, un grand père, un être aimé de tout son cœur et de toute son âme ne PEUT pas nous quitter…. Mais, hélas la réalité est toute autre. Ta Mamie est bien trop jeune pour partir déjà. Tous ceux que tu aimes te soutiennent et jamais n’auront l’idée de juger ta peine démesurée. Elle ne l’est pas! Je te souhaite d’être forte pour soutenir ton papi qui aura tellement besoin de vous tous et de votre tendresse. Je t’embrasse. Je t’aime me petite belle fille au grand cœur.

  2. Charlène dit :

    Je te comprend, je viens de perdre mes 2 grands père à 1 mois d’interval… Je ne vois pas une de mes grands mères (problème de famille) mais la deuxième j’ai du mal… je la voie oh ça oui je l’aime ma petite Mamie, mais c’est du comme tu dis. Je ne sais pas quoi dire, et puis cette peine dans ses yeux c’est dur. Tu as le droit d’être peiné, mais reste forte, tu as cette possibilité de lui dire je t’aime et au revoir, moi je ne l’ai pas eu…

    Je suis de tout coeur avec dans situation si difficile…

  3. Emilie dit :

    Je mesure ta peine. J’ai eu la même lorsque ma mamie est partie ! Avec ma soeur, on la croyait immortelle ! Pour nous, elle ne pouvait s’éteindre et à vrai dire rien n’y présageait ! Elle est prénsente dans mon coeur et mon esprit tout le temps. J’ai une boite avec des photos dedans, elles viennent de chez ma mémère et quand j’ouvre cette boite, il y a cette odeur bien à elle qui s’y échappe ! L’odeur de sa maison, de sa cuisine ! Je ne l’ouvre qu’à de rares occasions.

    Je t’embrasse ma belle
    Suis de tout coeur avec toi
    Emilie

  4. conan aurelie dit :

    je compatie tout à fait à ton chagrin…moi meme j’ai perdue ma grand-mere dernierement (il y a 9 mois ,c’était le 16 juin ,le jour de notre anniversaire de rencontre à tom et moi) je m’en suis voulu de ne pas avoir pu lui dire au revoir et surtout lui annoncé que j’étais enceinte… je trouvais si dur de lui rendre visite en milieu hospitalier que j’espaçais les visites de plus en plus et la ça à été une semaine de trop…la derniere fois que j’ai pu lui dire au revoir c’était un adieu! Meme si j’essaie de me réconforter en me disant que c’était la meilleur chose pour elle ,qu’elle ne souffrira plus c’est très dur.Je fond toujours en larme…Il faut se raccrocher aux bons souvenirs,il y en a tellement,c’est ce qui m’aide malgré la colère que j’ai contre moi… Sois forte, je suis de tout coeur avec toi! ça n’est pas une période facile,mais comme elle te le dit,elle va se battre pour vous car elle vous aime très fort,et avec tout l’amour que vous lui apporter en retour (meme si tu es loin)va l’aider a oublié ce » poison « qui la ronge contre son gré. « loin des yeux mais près du coeur » . bisous et surtout bon courage!

  5. Anne-C dit :

    Je suis de tout coeur avec toi ma belle! 🙂
    Je ne sais pas si c’est ce même fléau mais un fléau similaire à ce que tu décris a aussi pris ma grand-mère chérie et qu’est-ce que je peux comprendre ta souffrance… Je sais c’est quoi de perdre un être cher et comme toi, je n’ai pas su réconforter mon grand-pere et ma maman…

    Tout plein de courage pour cette difficile épreuve.. Et je n’ose pas imaginer ta peine d’être loin d’elle.. Mais elle est dans tes pensées et même si je ne vous connais pas, je suis sur que tu es dans les siennes aussi..

    Gros Bisousxxx

  6. Etincelle dit :

    Je comprends ta peine, c’est vraiment terrible ce qui arrive.
    Ma mamie est partie il y a 7 ans maintenant et pas un jour où je ne pense pas à elle. Elle reste toujours dans mon cœur, même si elle n’est plus là.
    Ne fais pas la même erreur que moi: dis lui à quel point elle compte pour toi pendant qu’il en est encore temps.
    Plein de courage pour la suite.

  7. Elsa dit :

    Bravo pour ce superbe article très émouvant,bon courage à toi ainsi qu’à toute ta famille! J’ai vécu la même chose pour mon grand père décédé de la maladie d’Alzheimer,il était dans le sud pas facile de soutenir le reste de la famille dans ce cas…

  8. cecile dit :

    que dire… c est super emouvant ton article…. plein de courage a toi et a ta famille, car je ne sait que trop bien a quel point il va vous allez en avoir besoin…
    de tout coeur avec toi, plein de bisous

  9. socheek dit :

    Je pleures pas parce que je garde ma petite soeur mais intérieurement je fond en larme.
    Ton texte est si beau.
    Je suis de tout coeur avec toi. J’ai perdu mon arrière grand père il y a deux ans. C’était mon seul grand père, mon seul seul repère masculin dans une famille pleine de nanas, s’était mon papy chéri.
    Et maintenant, tout les jours, j’ai peur d’un coup de téléphone m’annonce que mamie va le rejoindre. Après plus de 60 ans de mariage, c’est leur plus grande séparation et je sais d’un côté qu’elle attends patiemment de le rejoindre.
    Et comme toi, je m’en veut d’habiter si loin, de ne pas pouvoir profiter d’elle autant que je voudrais. Sentir son odeur, caresser sa peau si douce de mamie…
    Depuis deux ans, je souffre de pas avoir plus profiter de mon papy. Alors je me remémoré nos souvenirs. Ramasser les framboises, bêcher le jardin, nourrir les poules, jouer dans son établie…

    En aucun cas ta peine est démeusurée. Elle durera le temps qu’elle durera, le plus dure étant d’accepter sa disparition. Personnellement, j’ai pleurer celle de mon grand père durant 2mois…

    Soit forte et je suis de tout coeur avec toi.

  10. working mom dit :

    je suis de tout coeur avec toi. Perdre un grand-parent, c’est perdre une partie de son enfance et de ses racines. Tes fondations sont touchées et il est tout à fait normal d’être ébranlée. Je te souhaite encore de beaux échanges avec ta mamie.

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